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Interview de Nadia Faham : Ce qui est bon pour la planète est bon pour nous - Manger Local, Penser Durable

Interview de Nadia Faham : Ce qui est bon pour la planète est bon pour nous - Manger Local, Penser Durable

Nadia, en tant que co-fondatrice de Terre et Fourchette, pouvez-vous partager avec nous la manière dont votre vision pour promouvoir l'agriculture biologique et locale a pris forme ?

C'est d'abord une quête à titre personnelle, celle de mieux manger, qui m'a amenée à m'intéresser à l'alimentation biologique et locale. C'est auprès de ma grand-mère que je suis allée chercher des réponses, j'ai constaté qu'elle consommait uniquement des produits de sa région et toutes ses recettes portaient sur des aliments des producteurs de sa ville. Elle n'accordait aucun intérêt aux aliments étrangers comme le chocolat, le ketchup, la mayonnaise, ça ne lui inspirait pas confiance. Elle tenait surtout à tout cuisiner elle-même, il n'y avait donc que des légumes et des céréales qui franchissaient sa porte. Elle faisait ses épices, ses bocaux, ses sauces elle-même. Pour la partie biologique, c'est suite au témoignage d'un agriculteur devenu tétraplégique après avoir inhalé par erreur un des pesticides qu'il utilisait pour ces champs, qu'il m'a parue évident que ces poissons n'ont rien à faire dans nos sols, ni dans nos assiettes.

Comment votre expérience en Amazonie a-t-elle influencé votre approche éco-responsable chez Terre et Fourchette ?

Pour moi, les peuples premiers d'Amazonie sont beaucoup plus avancés en termes de protection de la nature que nous, le respect de l'environnement est au centre leurs cultures. Nos civilisations ont laissé de grandes cités, les leurs ont laissé une forêt pérenne et nourricière, c'est en quelque sorte leur chef-d’œuvre. Je ne pense pas qu'en Europe nous puissions atteindre leur niveau d’autonomie car nous avons construit la richesse de l'Europe sur le mono-produit, la mono-ressource et la croissance et toutes nos approches écologiques répètent ce schéma. Il faut que nous acceptions de faire de petites actions et rester à notre place mais c'est loin d'être gagné car nous continuons à glorifier le succès, la célébrité, la croissance.

Quels sont les principaux défis que vous rencontrez pour soutenir l'agriculture locale en Île-de-France, et comment votre entreprise les surmonte-t-elle ?

Les défis principaux sont la culture culinaire et les coûts. La plupart des recettes françaises sont réalisées avec des aliments exotiques (riz, chocolat, vanille, crevette...), il faut donc réapprendre aux consommateurs qu'il ne pourra trouver du chocolat local, ce qu'il a encore du mal à accepter. Sur ce point on se distingue en revisitant des recettes classiques en version locale, par exemple chez nous le risotto est réalisé à base d'épeautre et de pavé de Paris au lieu du riz et du parmesan. Cela permet d'attirer les clients curieux et engagés.
Pour le coût, le local coûte parfois plus cher et encore une fois le consommateur a du mal à comprendre cette différence de prix alors que le transport est réduit, cela est dû surtout aux taxes de l'Etat qui sont très élevées en France, le coût de la main-d’œuvre étant bien moins chers à l'étranger, les légumes d'Afrique continueront à coûter peu malgré leur transport.

Comment avez-vous intégré des principes de développement durable et d'environnement responsable dans la stratégie marketing de Terre et Fourchette ?

Il faut accepter, lorsqu'on créée une entreprise a mission et surtout celle que nous sommes données : la protection de l'environnement, que nos décisions devront se faire en faveur de l'environnement et non en faveur de l'aspect financier. Sur ce principe nous avons une approche douce, nous nous appuyons sur le bouche à oreille et la mise en avant de nos produits par des épiciers engagés. Harceler les clients avec des campagnes de mails, des publicités, des flyers ne correspond pas à notre souhait de produire durablement.

Pourriez-vous nous parler d'un projet spécifique ou d'une initiative que vous avez mise en place qui a eu un impact significatif sur la réduction des déchets alimentaires ?

Nous avons mis en place la consigne des bocaux, ainsi tous nos emballages alimentaires sont en verre et sont récupérées afin d'être réutilisés. Nous facturons 1€ de consigne sur nos bocaux, les clients sont remboursés lorsqu'ils rapportent le bocal et nous le désinfectons. Afin de relever le défi de la consigne nous avons internalisé nos livraisons, ainsi le véhicule livre et récupère les bocaux vides lors du même trajet, puis les bocaux sont lavés dans notre atelier de cuisine.

Quel rôle jouent les consommateurs dans la promotion d'une agriculture biologique et locale selon vous, et comment engagez-vous votre clientèle dans cette démarche ?

Au final, le consommateur est l'acteur clé, son achat d'un produit bio et local suffit à soutenir la filière. Afin d'engager notre clientèle nous communiquons en toute transparence sur l'origine de nos aliments, nos ingrédients et la consigne des bocaux. Nos ateliers sont ouverts à la visite, afin de rassurer le consommateur en lui montrant que son achat soutient une entreprise locale et engagée.

Quels changements espérez-vous voir dans l'industrie agroalimentaire concernant la production locale et durable, et comment votre entreprise se prépare-t-elle pour l'avenir ?

L'enjeu futur sera l'accès à l'eau et à l'énergie, ces ressources vont venir à manquer et pour continuer à produire durablement il faut se tourner vers des industries low-tech, c'est ce que nous préparons de notre côté.
Pour l'industrie agroalimentaire nous espérons qu'elle prendra conscience que son rôle premier n'est pas d’empoissonner mais de nourrir les consommateurs et qu'elle se concentrera sur les aliments essentiels avec des ingrédients simples plutôt que de nous gaver de sucre et de sel.

Pour plus d'informations : https://www.terreetfourchette.fr/

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